De quoi s'agit-il ?
De tout ce qui concerne
l'art et les techniques
de l'acteur
leur perfectionnement & leur transmission
Pourquoi ?
J'appartiens à la toute dernière génération d'acteurs qui aient été formés par les tout derniers grands maîtres : ils nous ont transmis la volonté et les moyens de présenter à un public le plus extrêmement divers - notamment des gens qui ne VONT PAS au théâtre - une fête théâtrale faite de grands textes, joués par d'excellents acteurs,
ET
de transmettre à notre tour l'art et les techniques de l'acteur.
L'ACTEUR
" Les acteurs doivent sans cesse se proposer la nature pour modèle ; elle doit être l'objet constant de leurs études. Cependant, il faut le dire, parmi le grand nombre d'acteurs de tous les pays, il n'en est que quelques-uns qui aient recherché cette vérité. Molière pourtant, et Shakespeare avant lui, avaient donné d'excellentes leçons aux comédiens de leur temps."
Le grand tragédien TALMA

Une succession de très grands acteurs... Du XVIIe siècle au XXe,
Molière, Baron, Lekain, La Dumesnil,Talma, Rachel, Frédérick Lemaître,
Mounet-Sully, Sarah Bernardt, Lucien Guitry, Harry Baur...
Les acteurs... au théâtre
Nous faisons partie de ceux qui pensent que, comme tant d'autres domaines, et pour des raisons analogues, le théâtre demande aujourd'hui une profonde refondation.
Et pour nous, elle se fera en revenant aux usages, qui ont de façon continue depuis quatre siècles, et ce jusqu'à une époque récente permis de faire et de transmettre le théâtre en France : un théâtre accessible à tous qui assemble des publics très divers, selon une "règle d'or", affirmée de Molière à Jean Vilar : distraire en instruisant.
Notre travail permanent:
rechercher la vérité la plus proche dans le jeu, en nous inspirant de ce qu'ont écrit à ce sujet de grands acteurs du passé, et de ce que nous démontrent leurs successeurs à travers le monde grâce à la caméra...
pour un jeu, dépouillé de fausses traditions, proche de nos contemporains.
Puisqu'il convient
aujourd'hui
de préciser... et de rappeler...
Ce que nous enseignent
4 siècles
de trasmission théâtrale

1
LES ACTEURS
Énoncées très clairement par Shakespeare puis par Molière, les règles d'or du jeu de l'acteur ont, à leur suite, été revendiquées, mises en pratique et transmises (dans leurs enseignements et dans leurs écrits) par les plus grands acteurs français à travers les siècles suivants jusqu'au milieu du XXe. Après Talma, elles ont inspiré le fondateur du Théâtre National Populaire, Firmin Gémier, puis son successeur Jean Vilar.
La génération éclose dans les années soixante a sans doute été la dernière qui ait eu l'immense privilège d'avoir pu être formée à cet artisanat par les derniers très grands maîtres, comme l'ont été Henri Rollan et Fernand Ledoux. L'art et les techniques de l'acteur, et la haute Tradition qu'ils nous ont imprimés, ils les tenaient de leurs maîtres qui les avaient hérités des leurs, et ceux-là des leurs, et ainsi en remontant jusqu'au XVIIe siècle...
La génération à laquelle j'appartiens a été formée dans l'esprit de ces sociétés d'acteurs, à l'époque où à leur suite, dans les années soixante, nous avons encore connu dans Paris trois grandes TROUPES nationales: la Comédie-Française, le T.N.P. de Jean Vilar et le Théâtre de France - Renaud Barrault (je rappellerai plus loin le grand intérêt irremplaçable des troupes).
Il nous appartient d'y consacrer notre existence et de chercher à notre tour à les transmettre.
Robert Mitchum, de passage à Paris,
est reçu au journal télévisé de 20 heures.
Le journaliste :
"Monsieur Mitchum, vous avez travaillé avec les plus grands metteurs en scène de cinéma (il en cite quelques-uns) Qu'est-ce que c'est pour vous que la direction d'acteurs ? -
Mitchum :
"Tu poses ton verre, tu te lèves, tu mets ton chapeau, tu sors."
2
LE THÉÂTRE
"Une passion, deux acteurs, trois planches"
Le siècle d'Or espagnol
Contrairement à une peinture, à une sculpture, à une symphonie et à un roman, dans une pièce de théâtre, la seule unité vient de la rencontre, de la confrontation d'êtres humains qui sont autant d'univers différents, ce qui constitue précisément le génie particulier du théâtre, fait de la même "étoffe" mystérieuse que la vie elle-même.
Alors, d'année en année, la conviction de beaucoup d'entre nous s'est affermie que le spectacle théâtral est d'autant plus VIVANT que ce que le public reçoit émane pleinement de la libre créativité de chaque acteur, sans qu'aucune main extérieure ne vienne s'insérer entre l'auteur et les interprètes. (Ce qu'avait clairement redéfini au mileu du XXe siècle Jean Vilar).
Un théâtre excellent, ce sont des textes excellents joués par des acteurs excellents. Comme le remarquait il y a cent ans un des grands artisans du théâtre, Charles Dullin : "Ce n'est pas la machine à descendre les dieux sur scène, ce sont les dieux qu'il nous faut."
Donc, pour obtenir cela, nous replaçons au centre de l’acte théâtral des acteurs libres et donc responsables de leurs interprétations, également comme leurs devanciers, coresponsables de leurs présentations communes, afin d'être aptes à offrir des confrontations ouvertes de fortes personnalités au meilleur service des auteurs et du public.
Comment a fonctionné le théâtre
3
LES TROUPES d'acteurs

La libre association en troupes et sociétés d'acteurs a fait exister l’essentiel de notre répertoire et a rendu les artistes collectivement libres, maîtres et responsables – y compris financièrement – de leur artisanat.
Sous la conduite d'un acteur "chef de troupe", elles réunissaient des acteurs soucieux de conduire ensemble leur entreprise.
Leur association leur assurait la liberté et la responsabilité de l'interprétation de leurs rôles, dans un ensemble scénique élaboré en commun..
L'ensemble composé d'acteurs de tous âges, donc d'expériences professionnelles et humaines diverses, permettait une juste interprétation de tous les personnages d'une œuvre dramatique.
L’alternance des spectacles offrait l'épanouissement personnel de chacun au profit de la qualité des spectacles : le rôle principal de tel jour assumait un modeste emploi tel autre jour.
De même qu'un sportif de haut niveau n'enchaîne pas tous les jours de grandes compétitions, avec l'alternance des spectacles, la représentation revêtait un caractère événementiel.
Jusqu'au XIXe siècle, la réalisation se faisait au sein de la troupe, par un des comédiens, avec parfois l'auteur.
L'étude, la recherche et l'entraînement communs conduisaient à la connaissance puis à la maîtrise des oeuvres, et pour le patrimoine théâtral, de la civilisation (éloignée de notre quotidien) qui a produit ces œuvres, afin de pouvoir en restituer la dimension réelle et permanente.
Ainsi, la troupe assurait aussi - en son sein - une formation approfondie, théorique et concrète pour les générations d’interprètes à venir.
Enfin, œuvrant dans la durée, elle pouvait nouer une relation suivie et familière avec le public.
A l'origine, sans communication entre les deux côtés de la Manche, les troupes françaises et anglaises comportaient douze à treize acteurs. (Avec ce nombre d'acteurs, en France, pouvait être joué tout le répertoire classique et en Angleterre, le génie de Shakespeare a ajouté une dimension dramatique que n'offre pas un grand nombre d'interprètes.)
Écoutons nos maîtres du siècle dernier.
Jean VILAR :
"- Je dis : qu’une troupe dirigée par un responsable confie donc à un acteur de la troupe un rôle de régisseur, de miroir, d’arbitre, et laisse aux acteurs (consciencieux et bons, bien sûr) le souci de trouver et réaliser leur personnage, voilà qui m’enchanterait…
On devrait se passer de ce truchement, le metteur en scène… En un mot : des acteurs connaissant à fond leur métier (je dis bien : métier. Et dans le sens le plus artisanal, ouvrier du mot), des acteurs , dis-je, un auteur et un régisseur. La machine théâtrale réduite à sa plus simple expression.
Et remarquez que l’utilité du metteur en scène n’est plus qu’une sorte de nostalgie maladive chez le comédien habitué à être cadré, asservi à la voix orageuse ou persuasive d’autrui.
Pour moi, l’existence, la permanence de cet emploi dans le théâtre d’aujourd’hui est le signe d’une dégénérescence…
Laissez-moi vous répéter qu’ainsi, toute la machine théâtrale fonctionne à l’envers."
Il précisait ailleurs qu'un acteur qui ne concevait pas lui-même son personnage ne faisait qu'une partie de son travail. Nous osons ajouter: ... que la partie la plus élémentaire de son travail.)
Charles DULLIN :
"La plupart des progrès mécaniques ne peuvent rien apporter pour l’instant au théâtre. Ils ne partent pas d’une intelligence véritable de notre art ; ils sont pauvres, très pauvres au regard de l’illusion et méprisables en face de l’esprit.
Le plus beau théâtre du monde, ce n’est pas dans un déploiement de richesses inutiles qu’il faut le chercher. La plupart des théâtres modernes peuvent en quelques semaines être transformés en banques, en grands magasins, sans grand dommage. Pour moi, ils n’ont pas d’âme.
Ce n’est pas la machine à descendre les dieux sur scène, ce sont les dieux qu’il nous faut."
Ce que nous retenons d'un héritage...
La préparation d'une pièce de théâtre pour nous se fait en 3 temps :
1
Chaque acteur élabore son personnage
2
Après des remises à niveau en équipe réduite,
la distribution se réunit
pour permettre à chacun de confronter son interprétation
à celle des autres, sous l'arbitrage du "chef de troupe",
3
La mise en scène se construit collectivement, sur scène dans le dispositif.
OÙ
Voir rubrique suivante :
OÙ - LE DOMAINE DE L'ACTEUR